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EXCLUSIF/ Aveux de Kondé et dépositions des 4 victimes présumées

Comment El Hadji Mamadou Sall, Boubacar Biaye et Sadio Dansokho ont été définitivement cernés

Libération révèle que, bien avant la transmission du dossier au parquet, le nombre des victimes présumées du réseau d’El Hadji Diadie Kondé, cerné par la Dic, est passé de deux à quatre. Il devrait encore augmenter, selon nos informations. En plus des documents saisis chez Kondé à la Cité Aliou Sow, des témoignages et aveux détonants mouillent les deux parlementaires de Bby ainsi que le président du conseil départemental de Saraya. Deuxième volet de nos révélations exclusives.

Au début, elles étaient deux. Maintenant, elles sont quatre. Qui ? Les victimes du fameux réseau au cœur duquel se trouve El Hadji Diadie Kondé, né le 6 avril 1966 à Kédougou et placé sous mandat de dépôt, lundi 13 septembre, pour association de malfaiteurs, escroquerie, blanchiment de capitaux, faux et usage de faux sur des documents administratifs et faux en écritures publiques authentifiées. Libération révélait déjà en exclusivité les découvertes accablantes contre le duo Mamadou Sall-Boubacar Biaye (députés Bby) et Sadio Dansokho (président du conseil départemental de Saraya), faites lors de la perquisition au domicile de Kondé sis à la Cité Aliou Sow. Mais il y’a bien pire, comme l’ont indiqué les victimes présumées dans leurs dépositions.

Oumou T. : « Dans son bureau, à l’Assemblée, Mamadou Sall m’a assuré sa collaboration étroite avec Kondé. Il m’a demandé de verser à Kondé 4 millions de Fcfa pour lancer la procédure ».

Face aux enquêteurs, Oumou T. a affirmé, sur pv, avoir connu Kondé au courant du mois d’août 2019 par l’entreprise d’une amie dénommée Aïssatou, établie en France, à qui elle avait fait part de son désir de son désir de voyager. Lorsqu’elle a pris langue avec le mis en cause, ce dernier lui a fait croire qu’il était en mesure de lui trouver un passeport diplomatique, moyennant la somme de 4 millions de Fcfa.
Pour la convaincre, raconte Oumou T., Kondé lui a confié qu’il travaillait en parfaite collaboration avec le député El Hadji Mamadou Sall dont il a communiqué le contact téléphonique à la plaignante. Joint au téléphone, poursuit-elle, le député l’a invitée dans son bureau, sis à l’Assemblée nationale, pour la rassurer de sa « collaboration étroite » avec El Hadji Diadie Kondé, dans le cadre de la délivrance des passeports diplomatiques.
De ce fait, le député l’a convaincue de verser le montant convenu à El Hadji Diadie Kondé pour « lancer la procédure ». Ne doutant pas de leur capacité à lui délivrer ce document, elle a remis 4 millions de Fcfa à El Hadji Diadie Kondé, contre la promesse de recevoir le passeport diplomatique dans un délai d’un mois.
Après une longue attente, Kondé l’a contactée pour lui demander de se rapprocher de l’ambassade d’Autriche, pour un dépôt de dossier de visa. Et lorsqu’elle a interpellé Kondé sur la nécessité d’une telle démarche, vu qu’il était question de délivrance d’un passeport diplomatique, ce dernier lui a retorqué qu’il s’agissait d’une simple formalité qui n’avait rien à voir avec l’établissement du document promis. Après une vaine attente, elle a finalement décidé de porter plainte.

Ngamet B. : «Kondé a réussi à m’établir un extrait de naissance, une carte nationale d’identité et un passeport ordinaire sénégalais mais… ».

Quant à Ngamet B., elle a indiqué aux enquêteurs avoir connu Kondé dans les mêmes circonstances, courant 2019. Elle a expliqué avoir obtenu son contact téléphonique par l’entremise de la même Aïssatou. Lorsqu’elle a contacté Kondé, il a réclamé et obtenu d’elle 3,150 millions de Fcfa pour un visa d’entrée au Portugal. Après le versement des fonds, vu qu’elle était exclusivement de nationalité guinéenne, Kondé s’est engagé à lui trouver la nationalité sénégalaise. Il a ainsi réussi à lui établir un extrait de naissance, une carte nationale d’identité et un passeport ordinaire sénégalais avant de l’orienter vers l’ambassade du Portugal, pour un dépôt de visa. Sa demande rejetée, Ngamet C. a été informée plus tard que les documents reçus étaient faux, d’où sa plainte.

Niele S. : « Sadio Dansokho, qui m’a confirmé qu’il trafiquait des visas, m’a dit que c’est lui-même qui s’occupait des formalités administratives avant de me mettre en rapport avec Kondé ».

Le concernant, le seul homme du groupe, Niele S. a fait valoir qu’en décembre 2018, il avait reçu un financement venant de son frère pour un voyage en France et quelques temps après, il a été informé que Sadio Dansokho, président du conseil départemental de Saraya, s’activait dans le trafic de visas. Lorsqu’il l’a joint au téléphone, Dansokho lui a confirmé, dit-il, cette information en lui expliquant qu’il travaillait en collaboration avec El Hadji Diadie Kondé, lequel se chargeait du dépôt des dossiers. Niele S. d’ajouter que Sadio Dansokho lui a précisé, dans la foulée, que pour ce qui est des formalités relatives à la délivrance des visas, c’est lui-même qui s’en occuperait personnellement. Ainsi, Niele S. a remis à El Hadji Diadie Kondé une somme de 2, 850 millions de Fcfa sur sa demande, en plus d’un extrait de naissance et de sa carte nationale d’identité pour, disait-il, lui confectionner un passeport. Quelques temps après, narre-t-il, Kondé a constitué un dossier qu’il lui a demandé de déposer à l’ambassade de Belgique, pour une demande de visa. Ladite demande a été rejetée au motif que le relevé bancaire et le passeport qu’El Hadji Diadie Kondé lui avait établis, étaient faux. Lorsqu’il a interpellé Kondé, ce dernier lui a juste remboursé 860.000 Fcfa.
Enfin, Fatoumata B.D, la dernière victime identifiée, signale avoir donné un acompte de 700.000 Fcfa à Kondé sur la somme globale de 3 millions de Fcfa convenue pour un visa d’entrée en France. Ce qui n’a jamais été le cas.

Convoqué, Kondé a refusé catégoriquement de répondre aux enquêteurs. C’est ainsi que les hommes de l’ombre du Groupe de recherches et d’interpellations (Gri) de la Dic ont mis en place un dispositif de surveillance et de filature pour le cerner. Il sera intercepté le 4 septembre 2021, non loin du siège de la Rts, où il avait convié Ngamet C. pour une rencontre avec un de ses collaborateurs.

Kondé : «Le député Mamadou Sall est l’une des personnes qui me facilitent l’obtention des passeports diplomatiques ; Sadio Dansokho était mon collaborateur »

Interrogé, Kondé a, dans un premier temps, reconnu en partie les faits. Il a confirmé avoir reçu 4 millions de Fcfa d’Oumou T., non pour la délivrance d’un passeport diplomatique, selon lui, mais pour lui trouver un visa. Il ajoute que cette dernière s’est rapprochée de lui peu après qu’il a fait voyager, en France, son amie Aïssatou Diallo. Kondé reconnaît avoir reçu l’argent mais jure que c’est la Covid-19 qui a gâché tous ses plans.
En ce moment, il réfutait travailler avec le député El Hadji Mamadou Sall. « Pour les passeports diplomatiques, je travaille avec certaines autorités dont je tairais le nom », confiait-il aux enquêteurs.
N’empêche, à la suite des contradictions, une confrontation a été organisée entre les différents acteurs du dossier. Oumou T. et Ngamet C. ont maintenu leurs déclarations. Par contre, Kondé est revenu sur ses propos. Il a reconnu avoir convenu avec la dame Oumou T., la délivrance d’un passeport diplomatique. A cet effet, précise-t-il, il lui a communiqué le contact téléphonique du député El Hadji Mamadou Sall. « C’est l’une des personnes qui me facilitent l’obtention des passeports diplomatiques », a-t-il lâché.
Mieux, Kondé a révélé avoir organisé une rencontre entre Sall et Oumou T. dans le bureau du premier sis à l’Assemblée nationale afin que le député rassure la plaignante de leur capacité à lui fournir le document.
Quant à la relation avec Ngamet C., Kondé a dit avoir reçu d’elle 3 millions de Fcfa pour la délivrance d’un visa d’entrée au Portugal.
Interrogé à nouveau par rapport aux plaintes de Niele S. et de Fatoumata B.D., le mis en cause a informé avoir reçu d’eux les fonds dont ils ont fait état lors de leurs auditions, pour la délivrance de visas. Il a aussi avoué avoir connu Niele S. par l’entremise de son « collaborateur », Sadio Dansokho, président du conseil départemental de Saraya.
L’homme, qui a été déféré en 2009 par la brigade de gendarmerie de Dakar-ville (Thionk) pour violation de domicile, en dira même plus en soutenant que Dansokho travaille avec lui dans le domaine de l’obtention des visas. « Il intervient lors des démarches », d’après ses précisions. Là où les députés El Hadji Mamadou Sall et Boubacar Biaye étaient « spécialisés » dans les diplo’.
Tactic/ Libération quotidien

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